Parce qu'il n'est jamais trop tôt pour apprendre...
Durant les premières années de vie, le cerveau d'un
enfant se développe à un rythme effréné. Des milliers de connexions
neuronales à la source du langage, des émotions et des
apprentissages se font à des moments précis de cette période, bien
plus tôt qu'on peut se l'imaginer. Le stade crucial qu'est la
petite enfance fait appel au rôle unique que les parents peuvent
jouer auprès de leur enfant à ce moment du développement. De
simples gestes, des paroles, des conversations, tout a un impact
positif sur l'enfant d'où l'importance de ne pas prendre les
premiers mois de vie à la légère, car c'est aussi tôt qu'on peut
préparer nos petits pour leur cheminement scolaire.
La Fondation Lucie et André Chagnon a lancé, l'an dernier, une
vaste campagne de sensibilisation sur l'extrême importance de
stimuler les enfants de moins de 5 ans afin de favoriser une
entrée réussie sur les bancs d'école. La campagne
Bien grandir, qui vient de démarrer sa deuxième série de
messages publicitaires grand public, mise sur la revalorisation des
parents comme acteurs de premier plan dans le développement de la
maturité scolaire des enfants. Cette campagne arrive à point, car,
selon une étude menée tout récemment, seulement un parent québécois
sur deux est conscient qu'entre 0 et 3 ans le cerveau de
l'enfant est à son apogée en matière de réceptivité aux stimulis.
Si à la naissance, l'ensemble des organes vitaux de l'enfant sont
fonctionnels, le cerveau lui est encore en phase de développement
qui se poursuit jusqu'à l'âge de 5 ans. Les recherches
scientifiques révèlent que les connexions neuronales, pendant la
période de la petite enfance, influencent de façon déterminante la
manière dont l'enfant va réfléchir, apprendre et se développer.
« Le cerveau d'un bébé à la naissance n'a que le quart de la
grosseur de celui d'un adulte et il va tripler entre 0 et
3 ans pour atteindre 80 % de sa masse corporelle »,
explique Julie Brousseau, psychologue spécialisée
en développement de l'enfant et experte associée à la Fondation
Chagnon. « C'est à cette période que le potentiel
d'apprentissage de l'enfant est le plus grand. Son cerveau est deux
fois plus actif que celui d'un adulte. Il faut donc le nourrir
directement notamment par le toucher, le jeu et le
langage. »
Le cerveau d'un enfant de moins de 3 ans est deux fois
plus actif que celui d'un adulte
« Dès les premiers jours suivant la naissance d'un enfant,
son cerveau est déjà prêt à assimiler une foule d'informations. Un
bébé peut très rapidement faire la différence entre les sonorités
des lettres de l'alphabet », explique Marc Provost, professeur
au département de psychologie de l'Université du Québec à
Trois-Rivières. Selon ce dernier, les bébés souhaitent dès la
naissance, entrer en contact, ils sont constitués pour socialiser
et c'est d'une importance capitale d'être sensible à ce besoin. Les
experts s'entendent sur la nécessité de la stimulation qui favorise
le langage et permet de valoriser l'enfant dans son développement.
« Il faut constamment être à l'écoute des besoins de l'enfant
qui se sent alors en sécurité et réalise qu'il vaut la peine qu'on
s'occupe de lui », souligne le professeur en rappelant la
portée positive au fait d'offrir aux tout-petits un environnement
stimulant, riche en expériences positives sur tous les plans.
L'implication parentale
Mme Brousseau signale que durant la petite
enfance, les parents sont les plus aptes et les plus importants
pour leurs enfants. « Ils sont leurs vedettes! »,
lance-t-elle. « Les interactions parents-enfants et de simples
gestes quotidiens peuvent prévenir les retards et les difficultés
qui pourraient restreindre le développement et les capacités
d'apprentissage des enfants. » À une époque où la société
québécoise se préoccupe grandement des statistiques alarmantes du
décrochage scolaire, il faut réaliser qu'une intervention précoce
peut jouer un rôle déterminant sur l'intérêt et la capacité de
l'enfant afin qu'il ait le goût d'apprendre.
« Si on compare un milieu moins nanti où la stimulation
n'est pas la première préoccupation, avec un milieu plus enrichi en
termes d'interaction et de stimulation envers le bébé, on observe
des différences marquées en matière de développement cognitif et
moteur », précise Mme Brousseau. Elle
rappelle que ce n'est pas la quantité d'interaction avec le bambin,
mais plutôt la qualité qui compte. « Il faut que ce soit fait
simplement dans le quotidien, ça ne doit pas être une corvée ni
devenir compliqué. »
Pour enrayer les vieux mythes
Les campagnes de publicité orchestrées par la Fondation Chagnon
ont aussi pour but de décimer de vieilles croyances conduisant trop
souvent bon nombre de parents sur la mauvaise voie. « Je suis
convaincue que les parents doivent répondre aux pleurs de leur
bébé, car c'est faux de dire qu'on les gâte ou qu'il s'agit de
caprices », indique Julie Brousseau qui croit
également à l'importance du contact de proximité avec les personnes
les plus importantes pour les bébés, les parents. « Le portage
est essentiel pour créer ce lien et l'enfant ne deviendra pas plus
gâté parce qu'il est porté régulièrement dans un porte-bébé ou une
écharpe. » Bien au contraire, selon la psychologue qui affirme
que ça contribue à façonner, chez l'enfant, sa confiance en lui et
en ses parents ainsi qu'une base solide pour tendre vers
l'autonomie. Marc Provost abonde en ce sens en soulignant que
prendre le temps de s'adonner à la lecture avec son bébé permet d'y
initier ce dernier tout en lui offrant un moment de qualité en
famille.
Auteure de l'article : Valérie Lupien
Source : La Gazette de la Mauricie,
édition 25 ans de partage!, n°10, du 17 novembre au
14 décembre 2010, page 22